American Horror Story Coven, un générique initiatique

American Horror Story Coven, un générique initiatique

Le final de la troisième saison d’American Horror Story, intitulée Coven, a rassemblé plus de 4 millions de téléspectateurs devant les écrans américains. Pourquoi un tel succès ? Sans doute parce que cette saison joue avec la fascination du spectateur pour l’occulte, le vaudou, la démonologie. À l’image de son générique, aussi hypnotique qu’ésotérique. (Attention spoilers)

Initiation

La première fonction d’un générique est de présenter la série, ses personnages, l’équipe technique. Présent au début de chaque nouvel épisode, le générique d’ American Horror Story Coven fonctionne, lui, comme un rite qui conditionne le spectateur à appréhender l’univers particulier dans lequel il va être plongé. Ce générique fait ainsi partie intégrante de la cérémonie « magique » que propose la série. Les signes iconiques et sonores sont autant d’ingrédients d’une recette, d’une potion ensorceleuse. Ils se mélangent avec leur propre rythme jusqu’au bouquet final de la scène du bûcher. La cérémonie prend alors fin pour laisser place aux entités invoquées, les sorcières de la série. Le spectateur est appelé, s’il le désire, à rejoindre le coven. À s’initier à la magie et à faire partie du cercle très fermé des sorcières américaines.

Incantation

Les plans révèlent peu à peu les différents thèmes de la série. Le premier présente par exemple quatre « fantômes » noirs portant des robes et des cagoules rappelant celles des Klans Men (du Ku Klux Klan). Outre la référence directe au racisme, thème important de la série, c’est au secret, au clan et au conservatisme des sorcières qu’il faut penser. D’autres plans confortent l’aspect mortifère du générique : des images de coutures sur tissus de lin et peau sanguinolente, des têtes d’animaux morts ou vivants comme celle d’un cheval blanc derrière des arbres, un taureau blanc, un bouc gris dans le reflet de l’eau, une tête de cheval blanc sans poil et une vache noire. Parfois, certaines images semblent subliminales : un bouc, un démon aux ailes squelettiques qui se tourne même vers nous, spectateurs, un autre qui dévore un humain sous la forme d’un dessin. Ces images véhiculent des idées de sacrifice animal, de cruauté, tout un bestiaire du Diable et de ses démons. Bref, l’intrigue promet du sang, de la mort et du démoniaque.

AHS-Coven

Révélation

Concentrons-nous sur les séquences de texte, plus précisément sur l’apparition des noms des acteurs et de la série. La plupart des icônes présentées sont issues du livre Malleus Malificarum, véritable bible de la chasse aux sorcières.

  • La première actrice est Sarah Paulson, alias Cordelia Foxx dans la saison. L’icône qui apparaît représente Santissima Muerte (inscription au bas de l’image) autrement appelée Santa Muerte qui fait référence à la Mort dans les cultes mexicains. Cette sainte a également un autre nom : Lady of the Seven Powers, celle qui détient les sept pouvoirs – qui dans la série, sont les sept merveilles que seule la Suprême peut contrôler.
  • Le deuxième nom est Taissa Farmiga, actrice jouant le rôle de Zoe Benson. L’arrière-plan n’est autre qu’un bout du pamphlet anglais Hanging of Three Chelmsford Witches qui dénonce la pratique des cultes païens et de la sorcellerie en Angleterre au XVIème siècle. L’inscription Spiritu Dominado laisse croire qu’elle va être contrôlée par un événement ou une personne : peut-être Kyle Spencer et l’amour qu’elle ressent pour lui ?
  • Le nom de l’actrice Frances Conroy interprétant le rôle de Myrtle Snow apparaît sur des dessins de bouc, de démon et sur un petit texte. La créature diabolique renvoie certainement au meurtre de ses amis Quentin et Pembroke qu’elle commettra et le bouc fait référence au bouc émissaire – soit Myrtle Snow elle-même injustement accusée du meurtre de Madison Montgomery.
  • Le nom Evan Peters émerge sur une icône de démon reconnaissable à ses oreilles et à ses cornes. Un extrait de texte se cache dans le coin supérieur gauche et dévoile Perro Prieto signifiant « chien noir » en espagnol : le rôle de Kyle Spencer est ainsi révélé. Il est la bête noire de la série, le monstre, le garde et plus tard, le majordome de l’Académie.
  • Le nom de Lily Rabe ne fonctionne apparemment pas comme les autres. Bien que le fond de l’image représente un chasseur qui pourrait être celui qui la poursuit en début de saison, le nom disparaît en s’essoufflant : le personnage de Misty Day s’éteindra alors de lui-même.
  • Madison Montgomery est celle qui se plaît à être sorcière en profitant de ses dons et nous retrouvons ceci dans la séquence « Emma Roberts » où nous pouvons voir une femme à genou suppliant un démon ailé : elle cède à la tentation et au Mal.
  • Le nom de Denis O’Hare, alias Spalding, est dévoilé sur la partie haute du pamphlet anglais Hanging of Three Chelmsford Witches « trois femmes pendues qui succombent ». Étant donné qu’on apprend plus tard que Spalding est un fantôme, nous pouvons lier ce pamphlet à cette mort.
  • Le personnage de Delphine Lalaurie, joué par Kathy Bates, est représenté par un être enlevant un masque de chat : devrait-on considérer qu’elle fait tomber son masque au fil de la série ?
  • Le nom de Jessica Lange apparaît enfin sur l’illustration Devil Seducing Witch représentant une femme tentée par le Diable, la sorcière par excellence à l’image de Fiona Goode qui, dans la série, montre un penchant pour le pouvoir et le Mal.

Le nom de la série American Horror Story Coven survient, lui, avec une nouvelle illustration d’un démon attaquant ou tentant d’attaquer un humain et une inscription verticale issue du Livre de la Révélation (6:9), connu aussi comme l’Apocalypse selon Saint-Jean : « When he opened the fifth seal, I saw under the altar the souls of those who had been slain because of the word of God and the testimony they had maintained ».

American Horror Story

La mort, le feu et la souffrance seront bel et bien au rendez-vous dans cette nouvelle saison. Le cercle des sorcières est constitué, la cérémonie peut commencer…

 

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Aussitôt que j'ai mis le pied dans la sémiologie, c'était déjà foutu, j'étais devenu accro. Une véritable drogue qui me donne des yeux d'anthropologiste face à la société dans laquelle nous baignons. Chaque jour, nous nageons dans un univers de signes, de sens, de mythes et d'archétypes et depuis, je prends un malin plaisir à analyser et à décortiquer l'imaginaire caché sous les images et les mots que notre culture nous fait produire.

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Faire le tri dans la profusion des images qui nous interpellent chaque jour et analyser celles qui nous semblent les plus signifiantes, telle est l’ambition de ce blog dédié à la sémiologie de l'image. On y parle publicité, marketing, storytelling, cinéma, séries, design, illustrations, typographie, packagings, transmédia… Une seule envie réunit les différents rédacteurs qui participent à Sémiosine le blog : comprendre un peu plus le monde dans lequel nous évoluons.
Bonne lecture !

Pour la petite histoire...



. Grazia, 11 octobre 2013 : "Attentat à la candeur", de Laureen Parslow.

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21449, 6 avril 2013 : "Nom d'une griffe", de Claire Byache - article sur les noms made in France

. Le Soir, édition du 13 mars 2013 : "Le Harlem Shake, un carnaval anti-crise ?" de Julie Huon.

. Le Figaro, "Pourquoi le "Harlem Shake" est un phénomène viral", d'Emmanuelle Germain (12/03/2013).

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21323 : dossier "Made in Swiss", de Claire Byache.

. Okapi n°949 : article "Les reprises, c'est tendance", d'Agathe Guilhem.

. France 3, juillet 2012, interview sur le time-lapse pour le 12/13.