Breaking Bad : la métaphore chimique

Breaking Bad : la métaphore chimique

Breaking Bad, c’est l’histoire d’un prof de chimie atteint de cancer qui verse dans le trafic de métamphétamine pour subvenir aux besoins de sa famille. Bref, un chimiste qui tourne mal. Au sens le plus organique du terme, nous allons le voir.

C’est une image du générique qui m’a mis la puce à l’oreille. La table de Mendeleiev, grand classique des salles de physique-chimie où tous les éléments de la création, représentés par la lettre qui leur sert de symbole, sont rangés selon leur masse atomique…


Ci-contre : la table de Mendeleiev.

Le titre de la série, Breaking Bad, s’extrait alors comme par émanation de ce tableau sous la forme suivante : le Br, symbole du brome, apparaît dans le mot Breaking, tandis que dans le mot Bad, c’est Ba, symbole du Baryum, qui émerge. C’est là la clé de notre métaphore chimique, qui va nous servir à décoder la suite.

La matière est en nous

Car lorsqu’apparaissent aussitôt après les noms du créateur de la série, des principaux acteurs et techniciens, c’est par analogie avec ce qui précède que nous allons pouvoir reconnaître, mis en relief dans chaque nom ou prénom, le symbole d’une élément chimique. Sur ce modèle, nous trouvons par exemple :


Na = sodium.

Ar = argon.

N = azote.

Ne = néon.

O = oxygène.

Ce que signifient ces /symboles chimiques incrustés dans des noms de personnes/, c’est que les éléments, la chimie, la matière sont au cœur des noms, au cœur des personnes. Bref, <la matière est au cœur de l’humain>.

Chimie, science du changement

Le dernier volet de la métaphore, c’est le professeur-héros qui nous le délivre (s’adressant à ses élèves) : «La chimie est l’étude de la matière. Mais je préfère la voir comme l’étude du changement. Voyez : les électrons changent leurs niveaux d’énergie, les molécules changent leurs liaisons, les éléments se combinent entre eux pour devenir des composés. C’est la vie même ! La constante, le cycle : solution, dissolution, croissance, désintégration…»

Nous, êtres humains de chair et de sang, ne sommes rien d’autre qu’une masse de matière changeante. La vie se charge de nous soumettre aux mutations, aux transformations. Comme ce brave prof de chimie, Américain moyen sans histoire qui bascule dans la criminalité parce que dans sa vie déjà chargée (fils handicapé, difficultés financières, enfant à naître), un élément nouveau va faire exploser le mélange : l’annonce d’un cancer qui menace la sécurité de sa famille.

Breaking bad = mal tourner

Un cancer, après tout, ce sont des cellules qui tournent mal. C’est ainsi que Mr. White, blanc comme neige, va s’enfoncer dans les méandres d’un scénario de plus en plus… noir. Je n’ai pas vu la suite de la série, mais je crois pouvoir prédire qu’il n’y aura pas de désintégration finale. Car Mr White le dit lui-même : la constante de la vie, c’est le cycle. Si chaque être humain est susceptible de mal tourner, il est aussi capable de renverser l’équation ! « Change the equation », c’est justement la baseline de la série…

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Journaliste, sémiologue, rédactrice freelance.

7 Comments Leave yours

  1. eKo #

    L’analyse est très succincte, superficielle.

  2. J’ai oublié de vous laisser un comm hier tellement j’étais intéressée par le contenu de votre article ! J’avais quant à moi fait le lien entre Walter White et le poète américain Walt Whitman (que Walter White lit d’ailleurs dans une des saisons).

  3. huge-fan #

    J’ai découvert votre site par l’intermédiaire d’un moteur de recherche (google).Je ne me souviens plus des mots clés exacts mais mes recherches s’orientaient plutôt vers Breaking Bad .En tout cas, j’apprécie beaucoup la manière dont vous analysez les séries TV. J’espère que vous parlerez bientôt de Dexter que j’adore !

  4. huge-fan #

    oups… ma citation de Lavoisier n’est pas passée…bon vous la connaissez tous :<>

  5. huge-fan #

    Bravo, bel artice et belle analyse ! Il est vrai que Breaking Bad n’est pas une série comme les autres, elle est porteuse d’une véritable symbolique s’exprimant à travers de nombreuses métaphores qui s’offrent au spectateur capable de les décrypter.
    Le réalisateur en véritable artiste dépeints ces hommes qui se confrontent au changement et comme l’a dit Lavoisier <>. Autrement dit Walter White va devoir encore devoir se confronter à l’incertitude de l’avenir.Incertitude qui est l’un des principes du physicien Heisenberg dont M.White emprunte le patronyme pour ses fameux deals (encore un « wink » du réalisateur).

    • Merci pour ce commentaire, huge fan !! Pour la citation de Lavoisier, je crois pouvoir compléter : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Tout à fait pertinent ! Merci d’avoir relevé le clin d’oeil à Heisenberg, que je n’aurais pas relevé moi-même. Peux-tu me dire par quel biais tu as atterri sur notre blog ? Reviens nous lire souvent !

      • Tony #

        Recherche sur Google « Br Ba éléments », m’interrogeant sur la signification de ces symboles dans le générique. Je sentais un clin d’œil du réalisateur comme dans beaucoup de séries.

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Faire le tri dans la profusion des images qui nous interpellent chaque jour et analyser celles qui nous semblent les plus signifiantes, telle est l’ambition de ce blog dédié à la sémiologie de l'image. On y parle publicité, marketing, storytelling, cinéma, séries, design, illustrations, typographie, packagings, transmédia… Une seule envie réunit les différents rédacteurs qui participent à Sémiosine le blog : comprendre un peu plus le monde dans lequel nous évoluons.
Bonne lecture !

Pour la petite histoire...



. Grazia, 11 octobre 2013 : "Attentat à la candeur", de Laureen Parslow.

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21449, 6 avril 2013 : "Nom d'une griffe", de Claire Byache - article sur les noms made in France

. Le Soir, édition du 13 mars 2013 : "Le Harlem Shake, un carnaval anti-crise ?" de Julie Huon.

. Le Figaro, "Pourquoi le "Harlem Shake" est un phénomène viral", d'Emmanuelle Germain (12/03/2013).

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21323 : dossier "Made in Swiss", de Claire Byache.

. Okapi n°949 : article "Les reprises, c'est tendance", d'Agathe Guilhem.

. France 3, juillet 2012, interview sur le time-lapse pour le 12/13.