Lady Gaga : G.U.Y. – an ARTPOP Film

Lady Gaga : G.U.Y. – an ARTPOP Film

Lady Gaga ne cessera jamais de nous surprendre. Avec son dernier clip, elle signe une énième mosaïque audiovisuelle imprégnée de références : G.U.Y, An ARTPOP film, digne d’un blockbuster américain, mélange plus de sept minutes de mythologie, de mode, de cinéma, d’art, de religion, d’amour et de principes philosophiques.

 Une histoire gagaesque

Les premières images dévoilent une plaine désolée et terne où l’ange Lady Gaga a été touché par une flèche. Elle se fait dépouiller par des hommes d’affaires, reconnaissables à leur costume trois-pièces, qui se battent pour de l’argent. Cette scène fait référence à l’histoire de la chanteuse qui, suite à des complications de santé, s’est vue trahie par son équipe de managers : la cupidité et la trahison sont matérialisées ici par le comportement des hommes et par le fait qu’ils piétinent l’ange à l’agonie. Cet ange blessé décide de gravir la colline et d’y rejoindre une bâtisse qui n’est autre que le célèbre Hearst Castle, première référence importante à la culture populaire américaine pour ce clip. Ce palais a autrefois appartenu au richissime magnat de la presse William Randolph Hearst qui a organisé de multiples événements mondains dans les années folles avec les figures les plus célèbres de l’époque. Ce château, qui a servi de modèle à la demeure du Citizen Kane d’Orson Welles surnommée Xanadu, s’apparentait à un paradis personnel construit au sommet de la Cuesta Encantada, « la colline enchantée », au nord de Los Angeles : serait-ce une réplique du paradis ou bien encore de l’Olympe ? Nous voilà, dès lors, plongés dans l’Antiquité gréco-romaine : colonnes, statues, temples, divans et mosaïques s’imposent.

Arrivée aux portes du palais, Gaga est soulevée en croix par les gardes, premier clin d’œil à Jésus Christ. Cette image de la crucifixion évoque le sacrifice de la chanteuse pour ses fans et son art. Portée jusqu’au bassin de Neptune où les icônes pop de l’époque se baignaient déjà, elle y est plongée au cours d’une cérémonie. Nous assistons alors à sa renaissance symbolique : elle réapparaît sous les traits d’une déesse dont le caractère divin est signifié par le blanc, la coiffe et les plumes. Serait-ce Aphrodite/Vénus, divinité célébrée par la chanson au cours de la cérémonie ? L’ange d’amour est devenu déesse de l’amour. Cette renaissance est marquée par la référence au Phénix avec une Gaga à plumes et aux bras déployés qui annonce l’envol de la star.

Lady Gaga Phénix

 

L’ARTPOP

La renaissance divine s’opère dès lors dans une orgie de références pop :

  • Andy Cohen, créateur de la télé-réalité The Real Housewives, apparaît sous les traits de Zeus (père d’Aphrodite) ;
  • Gaga porte les créations vestimentaires en papier de la suédoise Bea Szenfeld ;
  • Les candidates de Real Housewives of Beverly Hills jouent chacune un instrument de musique et lui donnent littéralement l’inspiration à la manière des muses ;
  • La tête de lit en forme de coquillage fait référence à l’art de Boticelli ;
  • Les maillots de bain et la longue chevelure de Gaga sont des créations de Donatella Versace ;
  • l’art Lego de Nathan Sawaya donne forme au tronc de Gaga et aux fruits ;
  • Le youtuber SkyDoesMinecraft émerge avec le jeu vidéo Minecraft.

 

 Un temple sacré

Quatre lieux différents rythment le clip : la pièce blanche, les bains romains, la crypte de résurrection et le laboratoire de clonage. Le premier présente une Gaga fraîche et énergique. Le deuxième lieu semble refléter l’âge d’or de la chanteuse pop avec la couleur dorée de l’intérieur et des costumes : prédit-elle un nouveau succès ? Lady Gaga/Aphrodite y est plus que puissante et assume son caractère divin en croquant une pomme, le fruit de la séduction et de l’amour parmi des érotes à demi nus et aux bras ailés qui, eux, gardent les bains romains. Dans cette crypte, SkyDoesMinecraft et Gaga ressuscitent Michael Jackson, Jésus Christ et Gandhi. Nous apprendrons plus tard que John Lennon est lui aussi ressuscité (et remercié dans le générique de fin). Ces icônes du passé se font prélever leur sang en vue de créer une armée de clones parfaits gorgés de culture et d’art.

Une nouvelle Gaga, plus obscure que jamais, vient alors perturber cet univers : c’est la déesse vengeresse. Son équipe traverse les couloirs de bureaux à la manière des agents des films Matrix et Men In Black défendant la vérité pour un monde meilleur et éliminant les traîtres et les éléments indésirables. L’artiste et ses acolytes leur font avaler de force le sérum à base de sang pour détruire le mal en eux. C’est ainsi que Lady Gaga fête sa victoire au laboratoire dans une tenue transparente et futuriste : elle est dorénavant tournée vers l’avenir. L’armée de la Mother Monster, née dans le château de Hearst – importante source de culture pop d’autrefois – est prête à combattre et à s’ouvrir au monde comme le montre la dernière image. Le plan s’éloigne de la Cuesta Encantada et s’avance vers l’horizon. La conquête est en marche et promet un nouveau monde riche en culture, en foi, en art et en amour : le monde Gaga.

Hearst Castle California

 Une fresque visuelle

Lady Gaga fait en effet constamment référence à ses clips précédents : une touche de Poker Face dans les costumes féminins noirs du début, un bout de LoveGame avec son maillot de bain une-pièce, une pincée de Paparazzi avec l’univers du château et les bulles des bonnets des nageuses, une bonne poignée de Bad Romance avec la dominance de blanc et la chorégraphie puis un zeste d’Alejandro avec la danse lascive finale de soumission. D’un point de vue général, le clip reprend l’esthétique originale qu’avait perdue Gaga selon certains fans. D’autres références pop surgissent aussi : une note de We can’t stop (Miley Cyrus) lorsque Gaga agite son bassin, allongée sur le lit, un soupçon de California Gurls (Katy Perry), nue allongée sur le ventre dans un ciel blanc immaculé et un nuage de Toxic (Britney Spears) dans la vengeance par décoction.

L’alchimie

Les quatre éléments façonnent cet univers et donnent de la signification. Tout d’abord, l’élément Terre présent au début, se montre terne, triste, désolé. Il est le lieu de la chute céleste qui va regagner toute son énergie à la fin : la Terre aura repris de sa valeur et offrira une vision optimiste de l’avenir en se mariant au Ciel. Cette image est en lien avec le personnage joué par la chanteuse depuis le début de sa carrière : la Mother Monster, cette Gaïa, la déesse Terre-Mère, protectrice de toute la planète et qui apparaît guérie à la fin du clip. L’élément Feu fait son entrée au moment de la prise en charge de Gaga par l’équipe du château : les rayons solaires matinaux, n’éclairent que la chanteuse pendant qu’on la mène vers le bassin. Ils sont à l’aube de sa guérison et rentrent en complémentarité avec l’élément Eau, présent dans le bassin de Neptune, les piscines intérieures et la mer. Cet élément est à comprendre comme agent guérisseur, siège de renaissance et, avec les muses à ses côtés, inspirateur, mais aussi comme matérialisation de l’amour, défendu par Gaga qui aime à suggérer l’adage “Vivons d’amour et d’eau fraîche”. Enfin, l’élément Air signifie la puissance magique et divine des entités : les dieux sont au Ciel, siège de cet élément, et Lady Gaga a très souvent les cheveux dans le vent, ce qui laisse transparaître sa grâce divine et magique. Les quatre éléments sont finalement en harmonie avec la dernière image où Ciel, Mer et Terre se côtoient pour un meilleur avenir : Gaga promet paix et tolérance.

L’harmonie 1+1

Un dernier élément cosmogonique intervient : la dualité. Le titre G.U.Y. (pour Girl Under You) et les paroles signent la complémentarité homme-femme. C’est un Yin et un Yang représenté iconiquement lorsque Lady Gaga/Aphrodite regarde son père Zeus dans le Ciel, qu’elle se laisse séduire sur le divan rouge et qu’elle danse dans le laboratoire de clonage. Cette dualité fait sens avec les couleurs : avant sa renaissance les hommes sont en blanc et les femmes en noir ; à la fin, la chanteuse, blanche de peau et de cheveux, étreint un homme métis. Nous retrouvons aussi cette dualité au niveau de l’espace vertical : le dessus pour le monde divin et le dessous, la Terre.

Lady gaga dualité yin et yang

L’excentrique Gaga a une fois de plus marqué les esprits en créant un univers sophistiqué et chargé de sens à partir d’un véritable patchwork de cultures, de messages et de sentiments qui lui est propre, certes, mais qui touche aussi tout le monde. Elle transforme sa vie, ses opinions et sa musique en mythes pour être au plus près de ses fans et réveiller leurs représentations. Pour atteindre nos images mentales, elle se sert de signes iconiques qui nous parlent et qui la propulsent en tant que symbole même de la culture pop voire déesse pop à part entière. Il s’agit en réalité de sa stratégie de prédilection. Son statut de Mother Monster a alors plus de sens que ce que nous pouvons comprendre. Cette stratégie culturelle nous laisse penser qu’elle n’a pas encore fini de faire parler d’elle. La suite de l’histoire au prochain clip…

gaia deesse de la terre

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Aussitôt que j'ai mis le pied dans la sémiologie, c'était déjà foutu, j'étais devenu accro. Une véritable drogue qui me donne des yeux d'anthropologiste face à la société dans laquelle nous baignons. Chaque jour, nous nageons dans un univers de signes, de sens, de mythes et d'archétypes et depuis, je prends un malin plaisir à analyser et à décortiquer l'imaginaire caché sous les images et les mots que notre culture nous fait produire.

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  1. Papillon Chloe #

    Bonjour Donovan,
    C’est la premiere fois que j’ai le temps de lire certains de tes articles. C’est agreable de te lire et finalement cela me donne tres envie de decouvrir ces artistes qui ne m’interessais pas specialement.
    Bonne continuation sur cette lancee.
    Le Papillon Chloé

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Faire le tri dans la profusion des images qui nous interpellent chaque jour et analyser celles qui nous semblent les plus signifiantes, telle est l’ambition de ce blog dédié à la sémiologie de l'image. On y parle publicité, marketing, storytelling, cinéma, séries, design, illustrations, typographie, packagings, transmédia… Une seule envie réunit les différents rédacteurs qui participent à Sémiosine le blog : comprendre un peu plus le monde dans lequel nous évoluons.
Bonne lecture !

Pour la petite histoire...



. Grazia, 11 octobre 2013 : "Attentat à la candeur", de Laureen Parslow.

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21449, 6 avril 2013 : "Nom d'une griffe", de Claire Byache - article sur les noms made in France

. Le Soir, édition du 13 mars 2013 : "Le Harlem Shake, un carnaval anti-crise ?" de Julie Huon.

. Le Figaro, "Pourquoi le "Harlem Shake" est un phénomène viral", d'Emmanuelle Germain (12/03/2013).

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21323 : dossier "Made in Swiss", de Claire Byache.

. Okapi n°949 : article "Les reprises, c'est tendance", d'Agathe Guilhem.

. France 3, juillet 2012, interview sur le time-lapse pour le 12/13.