Peau d’âne, de Jacques Demy à Van Cleef & Arpels

Peau d’âne, de Jacques Demy à Van Cleef & Arpels

Au moment où le film Peau d’âne, de Jacques Demy (1970), ressort au cinéma, la Maison Van Cleef & Arpels lance une collection de bijoux inspirée du célèbre conte de Charles Perrault. Un conte qui semble plus que jamais fédérateur.

Du conte au film

Peau d’âne raconte le passage à l’âge adulte d’une jeune fille qui, avant de découvrir l’amour, doit fuir l’entourage d’un père aux désirs incestueux. Gustave Dorée l’illustre au XIXe siècle, Jacques Demy le transforme en film musical. Bizarrement, Walt Disney ne s’y intéresse pas, peut-être en raison du côté sulfureux de l’histoire d’un père qui aspire à épouser sa fille.

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Le film de Jacques Demy se fait progressivement une place dans la culture populaire. Les enfants qui ont vu le film dans les années 70 deviennent de jeunes adultes qui rêvent plus que jamais de rencontrer leur prince et leur princesse. Pascale Ferran a brossé, dans l’un de ses premiers films (1996), l’Âge des possibles, un émouvant portrait de cette génération de rêveurs. Dans une scène clé, un groupe de jeunes apprentis comédiens reprenait le morceau  “Rêves secrets d’un prince et d’une princesse” signé Michel Legrand. Ces rêves secrets devenaient presque, grâce au talent de la réalisatrice, l’hymne d’une génération qui, pour lutter contre les difficultés à s’assumer en tant qu’adulte et la peur d’un avenir incertain, ne demandait rien d‘autre que le droit de s’émerveiller et de continuer à croire, malgré tout, que la vie pouvait être « enchantée ».

Les adolescents d’hier sont aujourd’hui parents. Ils emmènent leurs enfants voir Peau d’Âne, en film et en comédie musicale. Ils désirent partager leurs émotions d’alors, lorsqu’ils ont vu le film pour la première fois. Ils désirent surtout transmettre des référents culturels à leur progéniture. Ils connaissent toujours mieux les chansons, s’étonnent toujours des anachronismes présents ici ou là, apprécient aussi le côté vintage des accessoires et des vêtements, ne cessent de s’émerveiller des allusions à La Belle et la bête et aux dessins animés de Walt Disney.

Un rêve éveillé

Conte de fées oblige, Jacques Demy a tourné certaines scènes de son film au château de Chambord. C’est précisement le lieu choisi par Van Cleef & Arpels pour la soirée de lancement de sa nouvelle collection de bijoux inspirée du conte.

Peau d'ane Chambord Van Cleef & Arpels

Le joailler se veut « conteur » de Peau d’âne, et les références au film, dont il a aidé à la restauration et à la numérisation, sont légion. L’habit du prince est rouge comme celui que porte Jacques Perrin, et les robes de soleil et de temps sont des copies de celles que demande Catherine Deneuve comme dot à son père. L’univers web choisi par la marque de luxe est, lui, plus proche de celui de Charles Perrault : un très beau livre d’images, qu’on feuillette, qu’on contemple, dont les illustrations comme par magie s’animent, qui finalement doit lui aussi projeter dans un rêve éveillé.

Les robes de Peau d'âne

Les robes de Peau d’âne

Les créations de Van Cleef & Arpels

Les créations de Van Cleef & Arpels

Du film au conte

Car voilà bien sans doute le lien principal entre Peau d’âne et une collection de luxe : le rêve que les deux entendent procurer. Le cinéma de Jacques Demy comme un certain luxe n’aspirent finalement qu’à ceci : faire rêver leur public et (ré)enchanter leur vie.

Le conte, lui, apparaît plus que jamais fédérateur en ce qu’il nous suggère de ne pas grandir trop vite, et de toujours croire, malgré les obstacles et les désillusions, à nos rêves d’enfant.

Bonus :

Peau d’âne, de Jacques Demy (1970), avec Catherine Deneuve, Jacques Perrin, Jean Marais et Delphine Seyrig – musique de Michel Legrand.

L’Âge des possibles, de Pascale Ferran (1996), avec la promotion d’acteurs 1995 de L’Ecole Supérieure d’Art Dramatique de Strasbourg.

 

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Chez Sémiosine, nous concevons la sémiologie avant tout comme un prisme d’analyse pour décrypter les images et les récits qui nous entourent et structurent nos imaginaires socio-culturels.

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Faire le tri dans la profusion des images qui nous interpellent chaque jour et analyser celles qui nous semblent les plus signifiantes, telle est l’ambition de ce blog dédié à la sémiologie de l'image. On y parle publicité, marketing, storytelling, cinéma, séries, design, illustrations, typographie, packagings, transmédia… Une seule envie réunit les différents rédacteurs qui participent à Sémiosine le blog : comprendre un peu plus le monde dans lequel nous évoluons.
Bonne lecture !

Pour la petite histoire...



. Grazia, 11 octobre 2013 : "Attentat à la candeur", de Laureen Parslow.

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21449, 6 avril 2013 : "Nom d'une griffe", de Claire Byache - article sur les noms made in France

. Le Soir, édition du 13 mars 2013 : "Le Harlem Shake, un carnaval anti-crise ?" de Julie Huon.

. Le Figaro, "Pourquoi le "Harlem Shake" est un phénomène viral", d'Emmanuelle Germain (12/03/2013).

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21323 : dossier "Made in Swiss", de Claire Byache.

. Okapi n°949 : article "Les reprises, c'est tendance", d'Agathe Guilhem.

. France 3, juillet 2012, interview sur le time-lapse pour le 12/13.