La Planète des singes : l’affrontement, et le transmédia

La Planète des singes : l’affrontement, et le transmédia

La sortie de La Planète des singes : l’affrontement, trois ans après La Planète des singes : origines, s’accompagne d’un dispositif transmédia qui immerge le spectateur dans ce qui pourrait ressembler à l’avenir de l’humanité.

Une franchise comme La Planète des singes se devait de mettre en place un dispositif de transmédia storytelling qui permette d’étendre l’univers narratif des films hors des écrans de cinéma et de créer un effet d’attente chez le spectateur en brouillant les frontières entre fiction et réalité. Le 1er juillet dernier ont ainsi été mis en ligne trois courts métrages qui évoquent les dix années séparant la révolte des singes de l’affrontement qui conduira à l’extermination de la race humaine.

Des hommes aux singes

Le premier court-métrage, intitulé Quarantine, se situe un an après l’émeute, lorsque la grippe simiesque emporte les uns après les autres les humains.

Le deuxième film, intitulé All Fall Down, se situe cinq ans après l’émeute. Le troc a remplacé le commerce, une grande partie de l’humanité a été décimée par la grippe, les singes constituent une menace invisible mais bien présente.

Le troisième film, The Gun, est plus conceptuel : il suit le destin d’un fusil passant de main en main jusqu’à atterrir dans celles d’un singe.

Ces trois web films à l’atmosphère très noire replongent le spectateur dans une franchise dont le précédent film, la préquelle Origines, a maintenant trois ans. Ils en disent suffisamment pour que notre curiosité soit aiguisée. Ils sont suffisamment elliptiques pour que l’envie d’en savoir plus nous incite à nous rendre dans une salle de cinéma lors de la sortie de L’affrontement. Ils finissent surtout par inverser le point de vue narratif en adoptant progressivement celui des singes :on ne les voit pas dans Quarantine ; on distingue des yeux jaunes menaçants dans All Fall Down ; The Gun se termine sur le plan d’une ombre de singe comme vue par un autre animal.

Le spectateur, qui prenait déjà fait et cause pour ces animaux dans le premier opus, va avoir un aperçu de ce que le deuxième opus lui proposera : une planète Terre sur laquelle l’homme perd progressivement toute humanité. Sa survie ne tient plus qu’à sa force et à sa capacité à assouvir coûte que coûte ses besoins primaires – boire et manger. De culture, il ne reste que ces supermarchés déserts, ces vêtements déchirés et cette arme à feu sur laquelle le premier propriétaire avait gravé ses initiales. La nature reprend ses droits, et l’homme redevient un simple animal, prédateur ou proie.

Ces trois courts métrages s’intéressent ainsi exclusivement au devenir humain. Pour savoir ce qu’il advient des singes (apprentissage de la parole, organisation en société, prise du pouvoir), il faudra aller voir La Planète des singes : l’affrontement, à sa sortie en salle.

De la fiction à la réalité

Ces trois courts-métrages créent surtout un fort effet d’attente qui se cumule avec les autres leviers également actionnés dans ce dispositif transmédia :

. le site web du film offre une plongée dans les deux territoires opposés, celui des humains et celui des singes ;

. le site de santé publique imaginé pour l’occasion, donne tous les conseils possibles pour se prémunir de la grippe simiesque avant qu’il ne soit trop tard ;

. les comptes Instagram, Facebook et Tumblr du film permettent d’entamer la conversation avec les fans ;

. la diffusion, toujours sur le web, d’un documentaire sur une île des singes située au Liberia crée des ponts entre l’univers fictionnel de la franchise et la réalité :

Ce documentaire, mis en ligne également le 1er juillet, a la particularité de brouiller les frontières entre la fiction et la réalité. De quoi s’agit-il ? De singes de laboratoire libérés sur une île ; d’animaux rendus malades et devenus hostiles aux hommes, prêts à les dévorer ; d’apprentis sorciers qui font leur mea culpa – le tout sur fond d’histoire du Liberia ravagé par deux guerres civiles atroces, avant goût de l’enfer sur terre. Tout ici évoque en creux l’univers narratif de la franchise. Sauf que tout est vrai.

Le dispositif transmedia mis en place pour la sortie de ce deuxième volet de la préquelle de La Planète des singes est donc exemplaire, à la fois dans l’extension narrative qu’il propose et dans l’immersion qu’il fait vivre au spectateurLa Planète des singes ne se cantonne plus aux limites de l’écran de cinéma, elle se déploie sur le web et multiplie les points de contact qui seront comme autant de portes d’entrée dans un univers fictionnel qui fascine toujours autant depuis les années soixante.

Bonus :

La Planète des singes : l’affrontement (Dawn of the Planet of the Apes), de Matt Reeves, avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman

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Sémiologue associé, rédacteur en chef de Sémiozine, cofondateur de Sémiosine.

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Faire le tri dans la profusion des images qui nous interpellent chaque jour et analyser celles qui nous semblent les plus signifiantes, telle est l’ambition de ce blog dédié à la sémiologie de l'image. On y parle publicité, marketing, storytelling, cinéma, séries, design, illustrations, typographie, packagings, transmédia… Une seule envie réunit les différents rédacteurs qui participent à Sémiosine le blog : comprendre un peu plus le monde dans lequel nous évoluons.
Bonne lecture !

Pour la petite histoire...



. Grazia, 11 octobre 2013 : "Attentat à la candeur", de Laureen Parslow.

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21449, 6 avril 2013 : "Nom d'une griffe", de Claire Byache - article sur les noms made in France

. Le Soir, édition du 13 mars 2013 : "Le Harlem Shake, un carnaval anti-crise ?" de Julie Huon.

. Le Figaro, "Pourquoi le "Harlem Shake" est un phénomène viral", d'Emmanuelle Germain (12/03/2013).

. Sport&Style, supplément de L'Equipe n°21323 : dossier "Made in Swiss", de Claire Byache.

. Okapi n°949 : article "Les reprises, c'est tendance", d'Agathe Guilhem.

. France 3, juillet 2012, interview sur le time-lapse pour le 12/13.